SOUTENANCES 2018 DNSEP EN CONSERVATION-RESTAURATION

SOUTENANCES 2018 DNSEP EN CONSERVATION-RESTAURATION

Les soutenances de trois étudiantes de l’ESAA pour l’obtention du Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique, option artmention conservation-restauration au grade de Master II, auront lieu:

  • le 21 Juin 2018 (mémoire), à partir de 14h et à huis-clos devant un jury composé de Jean-Christophe Sevin, Maître de Conférences à l’IUT-UAPV  d’Avignon et Gaspard Salatko, enseignant en anthropologie à l’ESAA, co-coordinateur du second cycle CR (master),

  • le 27  Juin 2018 (projet), à partir de 14 h et en public restreint devant le jury complet composé de : Jean Paul Ponthot, Directeur honoraire de l’ESA d’Aix-en-Provence, (président du jury), Emilie Girard, Conservateur du patrimoine et Commissaire d’exposition au MUCEM (vice-présidente), Jean-Christophe Sevin, Maître de Conférences à l’IUT-UAPV d’Avignon, Ariel Bertrand, conservatrice-restauratrice de biens culturels (Master CRBC),  et Gaspard Salatko,  enseignant en anthropologie à l’ESAA.

Cette année l’École Supérieure d’Art d’Avignon présente trois candidates au DNSEP option art,  mention conservation-restauration : Sonja Petric dont le travail porte sur une œuvre participative quasi absente ; Juliette Serre qui a engagé une recherche à partir d’une œuvre peinte sur un support éphémère ; Camille Patey qui a déployé une réflexion au contact d’ un livre du XVIe siècle.

Considérés sous l’angle de leur situation actuelle de conservation, ces artefacts sont à penser comme autant d’objets en crise, les institutions qui en ont la charge n’étant pas en mesure d’en assurer la pérennité de manière satisfaisante. C’est précisément cet état de crise qui constitue l’amorce de la démarche du conservateur-restaurateur : pour proposer des solutions idoines de traitements relevant de de la conservation préventive, de la conservation curative et de la restauration proprement dite, celui-ci va entreprendre une enquête visant à identifier, non seulement les propriétés matérielles mais aussi les propriétés relationnelles caractéristiques de l’artefact culturel qui lui est confié afin d’en retracer la biographie.

Le mémoire de Sonja Petric concerne la conservation-restauration d’Autour d’un palmier de Jean-Luc Vilmouth, créée en 1989 pour le Centre National d’Art Contemporain de la Villa Arson. Située en extérieur, cette œuvre participative invitait le spectateur à emprunter un escalier qui s’enroulait en spirale autour du stipe d’un palmier et qui finissait son ascension au commencement de la floraison de ses palmes. Au terme de son ascension, le spectateur pouvait se tenir sur une plateforme offrant une vue panoramique et dégagée. Cette œuvre fut démantelée en 2006 pour des raisons de sécurité : l’escalier a été démonté tandis que le palmier est resté en place si bien qu’elle n’est plus exposée dans son intégralité. Pour arraisonner cette œuvre quasi absente, du point de vue de la conservation-restauration, l’analyse de Sonja Petric s’appuie sur l’examen d’un ensemble de traces (photographies, archives, témoignages) qui sont autant d’indices de ses activations passées et qui permettent d’envisager la perspective de sa réactualisation temporaire ou permanente en lien avec l’ensemble des acteurs qui furent naguère engagés dans sa conception.

RESUME Ce mémoire porte sur la conservation-restauration d’une oeuvre quasi absente : Autour d’un palmier de Jean-Luc Vilmouth, créée en 1989 pour le Centre national d’art contemporain de la Villa Arson. Commandée dans le cadre du quatrième volet de la manifestation, Sous le soleil intitulé Pas à coté, pas n’importe où, dont le commissaire d’exposition était Christian Besson. Il s’agit d’une oeuvre in situ exposée dans un environnement extérieur, mais aussi d’une oeuvre participative qui invitait le spectateur à emprunter un escalier s’enroulant autour du stipe d’un palmier et terminant son ascension à la base de l’inflorescence des palmes. Le public arrivait sur une plateforme qui offrait une vue panoramique et dégagée. L’escalier a été démantelé en 2006 pour des raisons de sécurité, le palmier, quant à lui, est toujours prèsent. Pour arraisonner cette oeuvre du point de vue de la conservation-restauration, l’analyse s’appuie sur l’examen d’un ensemble de traces (archives, photos…) qui sont autant d’indices de ses activations passées et qui permettent d’envisager la perspective du placement d’un pupitre pédagogique et d’une réactualisation temporaire ou permanente.

Le travail de Juliette Serre a été initié par la rencontre avec une œuvre de Patrick Neu intitulée Aile de papillon, encre de Chine, 2005-2006, d’après un Diable, XIIe siècle, (détail), musée de Saint-Rémi, Reims. Cette chose insolite requiert de se demander comment appliquer à un fragment d’insecte devenu objet d’art les principes fondamentaux de la conservation-restauration, sans trahir les souhaits d’un artiste dont le processus de création mobilise des matériaux éphémères. Juliette Serre avance que pour penser la pérennité d’un tel artefact, la conservation-restauration doit envisager aussi bien le point de vue de l’artiste, dont le témoignage apporte des indications précieuses concernant la conservation de l’œuvre, que le point de vue entomologique qui renseigne les valeurs liées aux spécimens exposés et prévient des facteurs qui les menacent. L’analyse comparée de ces points de vue, permet à Juliette Serre d’appliquer des principes de conservation préventive qui relèvent à la fois du conditionnement de l’œuvre, de sa manipulation, de sa présentation et de son exposition.

L’entreprise de Camille Patey s’est attelée à la conservation-restauration de l’exemplaire des Décrétales de Grégoire IX de la Fondation Louis. Avant d’être patrimonialisé, cet ouvrage du XVIe siècle avait servi de support au travail du typographe Louis Jou. C’est ce constat qui conduit Camille Patey à considérer cet exemplaire, non seulement du point de vue de sa physicalité, mais aussi du point de vue de sa situation, en l’envisageant aussi comme une ressource – parmi d’autres – de ce qui fut le travail typographique de Loui Jou. Il s’ensuit un double questionnement : d’une part, comment penser les écarts observables entre la pratique de la conservation-restauration du livre et la pratique de la reliure ? Et d’autre part, comment envisager la conservation-restauration d’un ouvrage ancien, sans le dissocier du lieu et de la collection dont il est extrait ?

RESUME Ce mémoire de conservation-restauration porte sur un livre du XVIe siècle appartenant à la Fondation Louis Jou des Baux-de-Provence. Il s’agit des Décrétales de Grégoire IX. Cette information a permis de recueillir des renseignements plus précis sur le type de livre étudié, à savoir un ouvrage religieux. Les livres (exceptés les recueils manuscrits et les incunables) sont des objets utilitaires et multiples. Ce sont leurs histoires qui leur confèrent une singularité. C’est pour cela qu’il est également important d’étudier leur état constitutif à l’aune des techniques de fabrication des reliures en usage au XVIe siècle. Avec une visée de clarification et avant d’envisager une proposition de traitement, il a paru essentiel de réaliser un tableau comparatif des différentes étapes de la conservation-restauration et pratiques de la reliure. Car aujourd’hui la frontière entre ces deux disciplines reste encore floue. Cette étape constituait donc une base fondamentale sur laquelle repose une partie de l’argumentaire et de la démarche vers la proposition d’un traitement de conservation-restauration. Celui-ci est double puisqu’il prend en compte deux propriétés du livre: utilitaire et patrimoniale. Il était aussi crucial de s’intéresser au lieu d’origine de cet ouvrage, à savoir la collection privée du typographe Louis Jou, afin de concevoir des propositions de conservation préventive, de numérisation et d’exposition partielle de la collection du typographe. Eu égard à un tel lieu, il n’était pas anodin de s’interroger sur la présentation de ces ouvrages au public, et sur leur valorisation à l’avenir.

 

Par-delà la diversité des objets étudiés, chacun de ces travaux montre en quoi le conservateur-restaurateur doit, pour penser un artefact culturel dans sa singularité, se donner les moyens d’entrer en dialogue avec des mondes professionnels (régie, entomologie, reliure) qui mobilisent des conceptions parfois très différentes de la pérennité. A ce titre le conservateur-restaurateur apparaît véritablement comme un passeur, un médiateur à même de mesurer les écarts observables entre la pluralité des points de vue qu’agrège l’activité patrimoniale.

Marc Maire & Gaspard Salatko, Coordinateurs du second cycle (Master) en Conservation-Restauration.

(Crédits photographiques, respectivement: S. Petric, J. Serre, C. Patey)